Le fil du temps

Le Livre

Depuis plusieurs années, je voulais aborder le temps, incontournable dans la littérature. On se souvient des nouvelles de Marcel Aymé ou de Dino Buzzati, ce cher Jean d’Ormesson a tourné autour dans chacun de ses livres, sans parler des auteurs de science-fiction qui l’on compressé ou anticipé, ni des poètes qui parviennent à le suspendre.

Profitant d’un séjour de plusieurs semaines à la Villa Médicis, à Rome, j’ai enfin pris le temps de m’y intéresser. Là-bas, dans une bulle suspendue entre la ville et le silence, où le jour et la nuit se confondaient parfois dans l’exercice d’une écriture en continu et hors du temps, j’ai composé et rassemblé ces 13 nouvelles.

Merci à Étienne Klein pour sa préface et à Lassaâd Metoui pour la couverture.

Si la nouvelle est un genre littéraire très fort dans le monde anglo-saxon, en France il est moins porté. Les éditeurs sont frileux à vous publier, si vous n’êtes pas une star ou déjà auteur de best-seller. La question que je me pose est celle de l’œuf ou de la poule : le lectorat français est-il réellement peu enclin à lire des nouvelles, où est-ce la faible proposition en librairie qui limite les ventes ?

Aussi, pour porter ce recueil que je souhaitais voir exister, j’ai décidé de l’auto-éditer. Un parcours compliqué, laborieux, mais exaltant et riche de nouvelles expériences. Pour en savoir plus, écoutez l’émission où j’ai été invité – aux côtés de Vincent Ménage le président du Syndicat national du livre – par Catherine Pottier de France Info.

Le livre est accessible en version papier dans toutes les librairies (sur commande) et en version numérique sur les principales plateformes.

MM2M, 2019

Quatrième de couverture

Ariana va-t-elle briser son rêve d’enfance et accepter de voir sa mère vieillir ? Jonas a-t-il vraiment rencontré le même jour la même femme avec 60 ans d’écart ? Qui est ce tueur en série qui s’intéresse tant à la vitesse ? Qu’est-ce qui pousse Tyler à rester dans l’immobilisme de Cuba, pays qu’il découvre à peine ? En séjour à la villa Médicis, cette romancière affirmée va-t-elle tomber dans les bras du jeune historien d’art qui lui sert de guide ? Comment gagner du temps en parlant avec son chat ?

En 13 nouvelles – dont un mini-polar de 50 pages – Bernard Thomasson s’empare du temps, pourtant insaisissable, et le conjugue dans des récits de vie troublants et touchants.

Entre le temps absolu régi par les lois physiques et celui que nous ressentons, parfois trop court ou parfois très ennuyant, il créé ce qu’Étienne Klein appelle dans sa préface un « tiers-temps » où la fiction entraîne le lecteur à la recherche de son propre temps.

Extrait

     Arrête ton cinéma.

John sursaute.

Il est seul sur sa terrasse vue sur mer, les yeux perdus au loin vers les îles de Lérins, une cigarette à moitié consumée entre les doigts. Pourtant une voix l’interpelle, il en est sûr. Il l’entend distinctement.

Une voix d’homme, grave et bien timbrée, tout près de lui, douce et puissante à la fois. Une voix qui lui paraît familière. Elle a un ton de reproche.

Étrange.

L’acteur se lève, fouille du regard l’intérieur de sa suite, personne. Il jette un œil vers les terrasses voisines, vides. Aucune tête ne dépasse de celles de l’étage au-dessus. Il se penche vers celles du dessous, pas âme qui vive.

Pour oublier cette illusion, John reprend ses aises dans la chaise longue et sa rêverie à l’endroit où il l’a perdue.

Tremblant d’émotions et gonflé de fierté, il était en train de monter les marches de la scène du grand auditorium Louis Lumière pour réceptionner, sous la standing ovation d’un Palais des festivals acquis à sa cause, la palme du meilleur interprète.

Derrière ses paupières mi-closes, il trace déjà les lignes de son discours de remerciement.

Merci. Merci Monsieur le président cher Martin Scorsese. Merci ma très chère Ludmila, avec qui j’ai tourné tant de fois et avec tant de bonheur. Merci Gabriel, toi qui as composé la musique de deux de mes succès populaires. Merci à tous les membres du jury, ceux que je connais un peu, ceux que je n’ai pas encore fréquentés mais vous ne perdez rien pour attendre. Vous savez, ce rôle de Pierre pour lequel vous m’honorez, ce rôle m’a habité dès que Martin me l’a proposé. Martin, je t’embrasse et je ne te remercierai jamais assez pour ce cadeau formidable, tu es le réalisateur le plus généreux que je connaisse. Pierre… Ah, Pierre. C’est un drôle de bonhomme. Dois-je l’avouer devant vous ce soir, ce personnage m’habite toujours.

Dans la tête, le flux des mots ne s’interrompt pas, John improvise déjà la totalité de ce qu’il compte dire le soir même en recevant la palme.

Car il y croit dur comme fer.