Mon Berlin

Le Livre

« Berlin m’a accueilli en pleine guerre froide, j’avais quinze ans. Le choc du Mur, les fantômes du passé, la présence d’une jeunesse alternative, des néons brillants : j’eus le coup de foudre. Depuis, Berlin m’attire comme un aimant.

Meurtrie dans sa chair, sans tabous ni complexes, accrochée à sa liberté, cette ville est adulée ou détestée. Capitale d’une province, d’un empire puis d’une folie, elle est désormais celle d’une nation démocratique ; deviendra-t-elle l’emblème d’une Europe apaisée ?

Que cette promenade intime sur près d’un demi-siècle, au fil d’anecdotes inédites, de lieux méconnus, de portraits d’amis berlinois, de rappels à l’histoire et de plongées vers l’art ou la littérature, puisse vous faire aimer et partager Mon Berlin. »

À l’occasion des 30 ans de la chute du Mur, j’ai décidé de publier un texte intime sur mon lien avec cette ville où je séjourne depuis 1977.

Je ne suis ni sociologue, ni historien, ni économiste. Ce livre n’affiche aucune prétention d’analyse ou d’explication rationnelle sur Berlin aujourd’hui. Ce n’est que le récit de mon passage dans cette ville hors du commun.

Je n’y ai rien vécu d’exceptionnel, mais tout ce que j’y ai vécu peut aider à observer, à rechercher, à gratter le vernis du Berlin pour touristes, à comprendre la richesse et la complexité du Berlin en suspens.

MM2M, 2019.

Extrait

La sculpture monumentale de l’artiste américain Jonathan Borofsky, Molecule Man, en couverture de ce livre, me touche particulièrement, et correspond assez à ma vision de Berlin : joyeuse, fraîche, en action.

Au premier regard, on voit deux hommes semblant pousser chacun une ligne, fausse allégorie des deux blocs durant la guerre froide, le Mur au milieu. En réalité, ils sont trois, qui se touchent par les mains pour symboliser le point d’attache entre les trois quartiers au carrefour desquels l’œuvre est implantée : Kreuzberg (où j’ai toujours vécu lors de mes longs séjours), Mitte et Friedrichshain (tous deux dans l’ancienne zone soviétique).

Car Borofsky est un artiste ancré dans le monde qui l’entoure. Ses œuvres sont politiques. Lui-même s’en explique : « Les personnages qui se rejoignent au centre font référence aux molécules de chaque être humain qui en se rencontrant créent notre existence. Cette symbolique est tout particulièrement poignante sur la rivière Spree, à Berlin, qui marquait la division entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. »

Aux deux villes ici évoquées par le créateur, j’en ajouterais une troisième : l’actuelle. Pour moi, le Berlin du XXIe siècle n’est pas né de la fusion des deux anciennes parties. C’est une nouvelle identité qui se construit, en toute confiance et avec patience, presque en repartant de zéro, depuis la chute du Mur le 9 novembre 1989.