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Dictionnaire amoureux de la Maison de la radio et de la musique

Sortie le 26 octobre 2023

Le bâtiment est né des besoins de la Radio Télédiffusion Française dans les années 1950 pour regrouper ses services dispersés sur une quarantaine de sites à Paris. Son architecte Henry Bernard en a fait à la fois une forteresse pour protéger la production radiophonique de l’époque (plus certaines émissions de télévision) et un édifice d’avant-garde avec une structure circulaire inédite dans le paysage haussmannien, des matériaux novateurs (aluminium et verre) et une mise en avant des artistes de l’École de Paris.

Le Livre

J’ai franchi les portes vitrées de la « maison ronde » pour la première fois en 1979. J’y travaille pour franceinfo depuis 1992. La Maison de la radio et de la musique est un lieu unique en France, réunissant sous un même toit sept stations de radio nationales, quatre formations musicales de renommée mondiale, des salles de spectacles de différentes tailles dont un auditorium flambant neuf de près de 1500 places et le mythique Studio 104, des ateliers de recherche et les archives de l’audiovisuel public.

Inaugurée le 14 décembre 1963 (il y a 60 ans) par le général de Gaulle, la Maison de la radio est devenue sous son impulsion le porte-voix de celui qui avait lancé sur les ondes l’Appel de Londres.

Après 20 ans d’un chantier colossal, elle a été réhabilitée intégralement et intègre désormais les toutes dernières technologies liées au digital. Je vous invite, dans ce livre, à un voyage au cœur de ce lieu de création permanente, de foisonnement culturel, de diffusion de l’information, et au fil de son histoire.

« Dans ma longue enquête auprès de personnes impliquées dans sa vie, trois ou quatre m’ont demandé comment je pouvais être « amoureux » de la Maison de la radio et de la musique. J’ai été étonné. Le bâtiment est beau, du dehors comme à l’intérieur. Il porte en lui soixante ans d’histoire de la radio, ce n’est pas rien. C’est une joie d’en arpenter les espaces. Il dessine, depuis sa réhabilitation, un futur novateur pour les ondes désormais liées aux nouvelles technologies digitales.

Oui j’en suis amoureux et je le revendique. Ici, tout est subjectif et je l’assume. J’ai choisi des occurrences liées à mon propre parcours, à mes émotions, à mon regard, à mes rencontres. Il n’était pas question pour moi d’aligner un récapitulatif exhaustif de ce que la Maison de la radio et de la musique a vécu, porté, engendré. Pour compléter ma propre vision, j’ai aussi dialogué avec de nombreuses personnalités qui vous livreront, en quelques lignes, leur propre regard sur cette « maison » qu’ils fréquentent peu ou prou.

Au fait, c’est drôle de parler d’une maison pour un lieu où on va travailler. Non ? »

Plon / Éditions Radio France 2023

Extrait

Extrait de l’entrée « Crypte »

« Le grec ancien κρύπτη, krúptē, désigne une « voûte souterraine » invisible de la surface du sol. Jules Verne, par exemple, envoie ses personnages de L’Île mystérieuse en visiter une : « Le canot s’arrêta, et les colons aperçurent une vive lumière qui illuminait l’énorme crypte, si profondément creusée dans les entrailles de l’île. » Quant au latin crypta, il renvoie au « caveau » construit sous un édifice religieux pour y recéler des reliques divines – comme les Lares, génies protecteurs des membres d’un même foyer – ou des sépultures de personnalités. Ainsi, Julien Green s’émeut dans son Journal 1935-1939 en visitant celui situé sous la basilique des rois à Saint-Denis : « Dans le froid et l’obscurité de la crypte, ces gisants couchés les uns à côté des autres produisent un effet extraordinaire. »

D’une certaine manière, on aurait pu associer durant plus d’un demi-siècle ces deux acceptions à la Maison de la radio. Sous l’entrée principale, se trouvait en effet une crypte, à la fois sous-sol du bâtiment et écrin d’un monument aux morts devant lequel, chaque 8 mai et chaque 11 novembre, le P-DG de Radio France se recueillait et déposait une gerbe, entouré de porteurs de drapeaux et de la musique de la police municipale (dans les dernières années un technicien fut mandaté pour sonoriser l’espace et jouer La Marseillaise sur bande magnétique). Il est vrai que dès avant l’inauguration de 1963, les Anciens Combattants de la RTF avaient réclamé un tel emplacement en souvenir de leurs morts pour la France. La stèle commémorative fut même dessinée par un architecte au service des Bâtiments. »