Les choses auraient une histoire ?

bertrandGeorges Perec, déjà, s’était attaqué aux choses, par un roman éponyme publié en 1965 chez Julliard ; l’écrivain y dénonçait le consumérisme, alors dans les limbes, et démontrait la futilité des objets que l’on veut amasser en toujours plus grand nombre. Voilà que, chez le même éditeur, Jacques A. Bertrand en rajoute par une Brève histoire des choses. Du barbecue à la perceuse, de l’ascenseur à la météo, du rond-point au parapluie, l’auteur livre des chroniques joyeuses et instructives sur cette étrange espèce que l’on nomme « les choses » dont on apprend désormais qu’elles ont une histoire !

Ainsi le savon. Extrait. « Inexorablement, l’Homme et le savon vont en diminuant. Ils moussent de moins en moins. Ils deviennent tout mous. Ou alors ils sèchent. Ils prennent des rides. Ils se fendillent. » Ou l’ascenseur. Extrait. « L’Homme en a pour l’ascension. Il tient à s’élever. (Il prétend même élever des enfants.) À peine parvenu à l’érection sur ses pattes de derrière (Homo Erectus), il désira continuer à grimper, à élever la voix, à se hausser du col, jusqu’à s’ériger en statue. Il faut qu’il monte. En grade, en puissance, dans la hiérarchie. »

On l’aura compris, ce petit livre se savoure, se déguste, se laisse fondre dans l’esprit. Pas étonnant qu’il ait reçu le prix Alexandre Vialatte, un homme de lettres, journaliste, chroniqueur, qui garantissait qu’en Auvergne, sa région, « il y a plus de montées que de descentes ». Jacques A. Bertrand aurait-il raison ?

vialatte

La remise du prix Vialatte

 

Publié dans divers | Marqué avec , | Laisser un commentaire

Leconte de Lisle et Grand Canynon

Grand Canyon

Grand Canyon © B.Thomasson

 

« Midi, roi des étés, épandu sur la plaine,

Tombe en nappes d’argent des hauteurs du ciel bleu.

Tout se tait. L’air flamboie et brûle sans haleine ;

La terre est assoupie en sa robe de feu. »

Leconte de Lisle, Poèmes antiques, 1852.

Publié dans divers | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Le panache à quel prix ?

berezinaLe panache, au sens propre, est un assemblage de plumes flottantes. Leur port altier et en hauteur, tout en fierté, en puissance, conduit tout droit à l’acception figurée du terme : l’éclat, le brio. On arbore un panache pour montrer sa présence, sa force, par exemple sur son casque tel un cavalier guerroyant. Mais jusqu’où peut aller le panache ? Sylvain Tesson, dans Berezina (éditions Guérin) s’interroge sur la quête éperdue du panache en l’illustrant par la folle épopée napoléonienne en Russie, et la débandade au retour en franchissant le fleuve dont le nom propre a donné un nom commun, que chacun formalise parfaitement, la bérésina.

Voulant mater le tsar, l’empereur français envoya un demi-million d’hommes à Moscou, ville prise par abandon de l’ennemi qui l’avait mise en feu. Au bout d’un mois, n’ayant plus d’adversaire à combattre, grognards, cavaliers, piétaille, et autre garde impériale rentrèrent au bercail, sauf que… l’hiver, le célèbre général hiver, plus la faim, la maladie, la noyade, vinrent à bout de cette masse humaine ; seuls quelques dizaines de milliers sauvèrent leur vie. Les cadavres formaient des murs, les corps s’empilaient dans l’eau, les charniers se multipliaient sur le parcours (les Russes, à leurs trousses, perdirent presque autant d’hommes.

Dans ce livre, l’écrivain voyageur nous rappelle un épisode dramatique de l’histoire de l’Europe, la faisant vivre quasiment heure par heure en opérant le même trajet, de Moscou à Paris, mais en side-car avec une bande d’amis sympathiques. À dévorer pour le rafraichissement de la mémoire collective et pour le plaisir de la lecture individuelle, tant le style de Tesson est plaisant, riche, coloré, érudit. Gravement accidenté l’été dernier (des semaines de coma après une chute de plusieurs mètres de haut), le trépidant aventurier jure les grands dieux qu’il deviendra plus raisonnable à l’avenir, et joue les sages face à son nouveau handicap (il reste paralysé d’une partie du visage) : « Il y a une inversion du temps : plus il passe et mieux je me porte !« 

Publié dans divers | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Sidaction : ne pas baisser les bras.

Avez-vous vu cette image à la télévision, ou sur le bus de votre ville ? De loin, on croirait un pistolet. De près on comprend que c’est un microscope. La campagne du Sidaction, cette année, nous rappelle avec efficacité que la seule arme contre le VIH, c’est la recherche !

bandeau

Aussi le week-end du Sidaction, qui va se prolonger dans les jours à venir autant par téléphone que sur Internet, est-il déterminant pour faire progresser la lutte contre cette maladie. Chaque jour, des personnes apprennent qu’elles sont séropositives. Des milliers d’autres portent le virus du Sida sans même le savoir. Prévention, protection, dépistage, et soutien financier permettront bientôt d’éradiquer le fléau.

Line Renaud et Pierre Berge posent en compagnie des presidents de chaine et des animateurs qui participent a l operation © Vincent Isore/Sidaction

Line Renaud et Pierre Berge posent en compagnie des presidents de chaine et des animateurs qui participent a l operation © Vincent Isore/Sidaction

J’avais 20 ans dans les années 80, au coeur de l’explosion nucléaire médicale qu’a été l’arrivée du Sida, et j’ai échappé au fléau. Aussi, est-ce tout naturellement que depuis plusieurs années je m’associe au grand week-end du Sidaction. Même 10 euros peuvent aider les chercheurs ou soutenir les malades. N’oubliez, vous pouvez toujours appeler le 110 ou aller sur Sidaction.org.

Quelques exemples d’utilisation des dons. 30€ : accès à la visite à domicile hebdomadaire d’une infirmière chez un malade pendant 1 mois, ou un mois de repas dans une association pour une personne séropositive en situation de précarité. 70€ : une action de prévention dans une classe de 30 élèves. 80€ : un jeune chercheur peut travailler sur le virus pendant une journée. 100€ : un an d’atelier d’insertion pour une personne séropositive.

Publié dans divers | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Orizet et Mexique

Mexique ©  B. Thomasson

Mexique © B. Thomasson

« Tout ce qui, jadis, nourrissait les horloges

retrouve sa vraie place ;

Le visage des statues s’adoucit sous la lèpre,

la boue du fleuve devient bronze

par la lumière intacte

que la ville rend au jour. »

 

Jean Orizet, Silencieuse entrave au temps, 1972

Publié dans divers | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Un coup de barre ?

Thierry Marx a couru 17 marathons. Il s’y connait donc en sucres lents et en barres énergétiques. Plutôt que de se contenter de celles que proposent les magasins spécialisés, souvent très sucrées et dont certains ingrédients peuvent être évités, il vous propose dans L’Histoire à la carte de confectionner directement les vôtres. Nous allons voir ensemble pourquoi les pâtes, riz, semoule, quinoa, céréales, et autres glycogènes à diffusion lente sont très importants pour les sportifs, et notamment pour les coureurs de marathon, à quelques jours de celui de Paris.

Écouter l’émission :

Ingrédients :

270 g d’amandes, 50 g mélange granola, 40 grammes de raisins noirs, 125 g de pâte d’amande, 15 g de beurre de cacahuètes, 125 g de sirop de riz.

Préparation :

Torréfier les amandes blanches et les concasser. Détendre la pâte d’amande avec le sirop de riz légèrement chauffé. Ajouter le beurre de cacahuètes. Incorporer ensuite le reste des ingrédients préalablement hachés. Faire des galettes de six centimètres. Laisser une nuit de repos à l’air libre (pas au frigo).  Démouler et entreposer dans une boîte hermétiquement fermée.

Publié dans divers | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

Prix Méditerranée

Plein de bonnes choses, ces jours-ci, dans un monde pourtant pas toujours enthousiaste. L’arrivée du printemps, depuis quelques jours dans l’atmosphère, ce vendredi au calendrier. Le Salon du livre à Paris, toujours un événement, en dépit d’une préférence un peu chauvine pour la Foire du livre de Brive. Les prix Méditerranée, dont les jurys se sont réunis sur deux jours à Paris. Un joli mélange des trois pourrait faire rêver à un bon bouquin à dévorer sous les soleil de la grande Bleue, non ?

Orizet

Le jury poésie

J’ai siégé dans les catégories poésie, roman français, et essai. Pour la première, le prix Nikos Gatsos présidé par Nana Mouskouri,  la couronne est revenue (à une très large majorité des jurés) à Jean Orizet. Cofondateur de la revue Poésie 1 et des éditions du Cherche Midi, il le mérite tant par la richesse et l’ampleur de son œuvre, que par la profondeur de son écriture, et par les sujets qu’il traite : l’ailleurs, le voyage, le temps, soi-même dans le monde. A lire Le regard et l’énigme (Cherche Midi Éditeur) anthologie de ses principaux recueil.

110881_couverture_Hres_0En ce qui concerne le prix roman, le choix fut serré entre Françoise Chandernagor pour Vie de Jude, frère de Jésus (Albin Michel), et Valérie Zénatti pour Jacob, Jacob (Éditions de l’Olivier). Ce dernier l’a emporté (avec mon soutien), tant ce récit est à la fois poignant et beau. Une période de l’histoire remise en lumière : les jeunes garçons des colonies nord-africaines enrôlés pour aider la Première armée à libérer le sud de la France, puis à remonter vers le Jura et l’Alsace. Une écriture qui emporte, et à double focale : vue de Constantine par la famille qui attend sans savoir ; dans la foulée du jeune homme qui voit tomber ses copains un à un, mais qui s’engage totalement, jusqu’à la mort. La progression est allégorique et puissante dans son collectif, fragile et douloureuse dans l’intimité de Jacob. C’est aussi, au delà de la stratégie, de la politique, ou des religions, un formidable et inédit trait d’union entre les deux rives de la Méditerranée.

Enfin, lauréat du prix essai, Thierry Clermont pour un texte enlevé sur Venise, par le biais de ses grands morts, et en visitant l’île-cimetière de San-Michele (Le Seuil). Un voyage littéraire, historique, dans le dédale des ruelles et des canaux de la Sérénissime, qui redonne vie à de grandes personnalités qui ont marqué la ville et nous la font aimer.

Mediterranée 2015

Les lauréats autour d’une partie du jury

 

 

Publié dans divers | Marqué avec , , | Laisser un commentaire