Metin Arditi veut rester un « étranger »

C’est un Turc, marié à une Grecque, vivant en Suisse, publiant en France ! L’écrivain Metin Arditi vient de recevoir le Prix Méditerranée de littérature pour son roman « L’enfant qui mesurait le monde », chez Grasset.

Dans cette magnifique parabole, le romancier propose à un enfant autiste de compenser les désordres de son propre monde, par un subtil jeu de calcul et de pliages quotidiens. Mais au-delà, c’est du désordre du monde en général qu’il est question.

Et pour illustrer ce monde fébrile, fragile, inquiétant, et pourtant si beau dans lequel nous vivons tous, Metin Arditi met en confrontation la culture et l’économie. Sur la petite île méditerranéenne où vit l’enfant, un complexe hôtelier géant verra-t-il le jour, quitte à défigurer les lieux, ou construira-t-on une grande école destinée à des penseurs en herbe venus de toute l’Europe ?

Le livre est magnifique, l’écriture d’Arditi nous emporte, et l’enfant émeut dans l’amitié qu’il noue avec un vieux financier venu chercher sur l’île la présence de sa fille qu’il vient de perdre. Metin Arditi est ici L’Invité Culture. Il explique tenir plus que jamais à son statut d’ « étranger ».

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Un musée d’exception à Perpignan

Perpignan dispose désormais d’un musée digne de ses collections. Après des mois de travaux, deux hôtels particuliers de la ville ont été réunis, l’hôtel de Lazerme et de l’hôtel de Mailly, pour créer un écrin somptueux destiné aux toiles de Hyacinthe Rigaud.

Ce peintre local acquit la notoriété au début du XVIII° siècle en devenant le portraitiste officiel de Louis XIV ; le musée porte d’ailleurs son nom. On y trouve l’un de ses plus beaux tableaux, le portrait du cardinal de Bouillon (ci-dessus).

Les espaces permanents présentent bien sûr les œuvres de Rigaud (il a francisé son nom catalan Rigau en y accolant un « d »), mais aussi des Maillol (à gauche le Monument à Claude Debussy), Dufy, Guerra et autres artistes en lien avec Perpignan. On y passe du gothique au baroque, du moderne au contemporain.  L’une des pièces maîtresses est le Maitre de la Loge de Mer (à droite), un retable peint sur bois en 1489.

Quant aux espaces temporaires, le musée frappe un grand coup pour sa réouverture, avec une exposition exceptionnelle sur la présence de Picasso dans les années 50. C’est à ce moment-là que Françoise Gilot le quitte et qu’il se rapproche de Jacqueline Roque. Une photo unique (à gauche) le montre d’ailleurs attablé en compagnie des deux femmes, dans la pièce même où le cliché a été pris puisque Picasso séjournait alors chez les Lazerme.

Musée Hyacinthe Rigaud, à Perpignan, ouvert du mardi au dimanche de 11h à 17h30.

 

Deux voix singulières

Elles se sont rencontrées lors du festival Tandem, à Nevers, il y a quelques années, un rendez-vous où un écrivain invite un artiste. Delphine de Vigan, romancière à succès avec No et moi ou encore Rien ne s’oppose à la nuit, y avait conviée une chanteuse qu’elle aimait bien : La Grande Sophie.

Le courant est si bien passé ce soir-là, que les deux femmes sont devenues amies, complices, et ont voulu renouveler l’expérience. Voilà comment est né le spectacle « L’une et l’autre« , à voir le lundi 9 octobre au théâtre du Rond Point à Paris.

Dans cet échange singulier, Delphine et Sophie mêlent leurs univers, et rapprochent leurs émotions et sentiments communs. Toutes deux sont ici L’Invité Culture.

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Viva Villa

Découvrez jusqu’à la fin de la semaine le Festival ¡ Viva Villa ! 2017. Ce rendez-vous regroupe des œuvres d’artistes ayant séjourné l’année passée dans les trois académies de France à l’étranger :  la Villa Médicis à Rome en Italie, la Casa de Velázquez à Madrid en Espagne, et la Villa Kujoyama à Kyoto au Japon.

Muriel Mayette-Holtz, la directrice de la villa romaine, en détaille ici l’esprit :

Ainsi, jusqu’à la Nuit Blanche 2017 à Paris, place Dalida à Montmarte, dans la Cité internationale des arts, vous déambulerez entre installations, projections vidéo, exposition de sculptures, peintures ou dessins, travaux d’écriture, inventions musicales inédites, et autres créations de tous poils.

Simon Rouby, vidéaste, Lucie de Barbuat et Simon Brodbeck photographes, évoquent cette expérience :

Alvise Sinivia, lui, présente « Cordes à vide ». Ce musicien curieux et constamment en recherche, renouvelle en permanence son rapport à l’instrument dont il expérimente depuis plusieurs années les paradoxes et limites sonores et physiques. Écouter un extrait :

Riyad Fghani : le hip-hop connecté !

Née à Lyon, la compagnie Pockemon Crew, dont Riyad Fghani est le directeur artistique, a réussi à faire entrer le hip-hop dans les théâtres et sur les scènes les plus diverses, par des spectacles de qualité. On se souvient de « Silence on tourne », qui replongeait avec bonheur dans l’univers du cinéma d’avant-guerre.

Avec « Hashtag 2.0« , les danseurs de la rue s’emparent de nos nouveaux comportements face aux objets connectés. Être accroché à son smartphone, passer des heures sur son ordinateur, abuser de sa tablette, voilà qui a modifié le rapport aux autres, mais aussi le rapport à son propre corps. Les postures sont nouvelles, les démarches évoluent, la gestuelle se codifie.

@ Gilles Aguilar

Pour autant, la poésie n’est pas absente de ce magnifique spectacle, ce qui nous rappelle qu’elle ne doit pas être absente de la vie non plus. La créativité qui déborde des différents tableaux pousse notre imaginaire vers des horizons inédits. Les corps se mêlent entre sensualité et puissance, et offrent un miroir de cette nouvelle société de la connexion qui, paradoxalement, réduit le contact à l’autre.

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« Hasthag 2.0 », à Bobino jusqu’au 7 octobre.

Kaouther Adimi sur les traces d’Edmond Charlot

Ce fut l’un des plus grands éditeurs d’avant guerre. Edmond Charlot a publié Albert Camus, Emmanuel Roblès, Jules Roy, Vercors et bien d’autres. Cet Algérois de naissance fut aussi éditeur de revue, galeriste, libraire, passeur de littérature. Dans la librairie qu’il avait ouverte à Alger, « Aux vraies richesses » (nom emprunté au titre d’un livre de Giono), il organisait des rencontres, des débats, prêtait des ouvrages.

Kaouther Adimi, déjà repérée pour son précédent roman « Des pierres dans ma poche », s’est emparée de ce personnage romanesque pour construire une histoire touchante. L’Algérie dans ses douleurs et ses joies habite aussi « Nos richesses » (Seuil), un très beau livre inscrit dans la première sélection des Goncourt.

Pour cette jeune écrivaine, elle aussi née à Alger, les richesses de son pays ne sont pas seulement le pétrole, le gaz ou le soleil, mais aussi et surtout son histoire, sa culture, ses auteurs, ses artistes, sa littérature…

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Eric Baudelaire : l’art face à l’actualité.

L’art peut-il – doit-il – avoir son mot à dire face aux actualités douloureuses que sont les attentats du Bataclan ou le jihad en Syrie ? Pour réfléchir à cette question, le Centre Pompidou, à Beaubourg, à Paris, a donné carte blanche au cinéaste, photographe, et plasticien Eric Baudelaire.

Son dernier film, Also Known As Jihadi (2017), exposé pour la première fois en France, est au cœur de ce dispositif. Il suit le parcours d’Aziz, de Vitry-sur-Seine jusqu’au Tribunal correctionnel. Il mène une enquête tâtonnante sur une réalité qui dépasse l’événement. Une réalité saturée de lectures interprétatives et dont la complexité résiste à la compréhension.

Dans l’espace de la galerie d’exposition laissé libre, se répondent les œuvres d’artistes du passé et du présent : Constantin Brancusi, Jean-Luc Godard, Rosemarie Trockel, Andrei Monastyrsky, Jo Ractliffe, Lawrence Abu Hamdan.

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« Après », au Centre Pompidou du 6 au 18 septembre.

Janine Boissard inspirée par le Périgord

Janine Boissard © John Foley (Opale/Fayard)

Janine Boissard est une romancière au long cours, et au public large : une quarantaine de livres au total, tous à succès, et toujours des histoires proches de nous. Chaque fois, ses personnages nous sont familiers, leurs petites manies nous en rappellent certaines des nôtres, ils agissent comme n’importe qui pourrait le faire dans la même situation.

Pourtant, derrière cette normalité de façade, se cachent des comportements inédits, des secrets interdits, des relations étranges. Les intrigues se nouent au fil des pages pour se libérer à la fin. On est emportés par l’histoire, et à la fin il y a toujours une surprise.

Dans « La lanterne des morts », chez Fayard, Janine Boissard a été inspirée par le Périgord, mais le drame se noue autour de la bipolarité de Lila, l’un des personnages principaux, qui donne du souci à sa sœur Adèle dont l’amoureux, Vivien est menacé.

L’écrivain est ici L’Invité Culture.

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Amitiés impossibles ou virtuelles…

Emmanuel Bove est un écrivain du début du 20° siècle, tombé dans l’oubli puis remis à l’honneur, et encore trop méconnu. L’écriture directe, froide mais non dénuée d’humour, décortique jusqu’à l’os la société de son époque, en particulier le monde des pauvres, des gens de peu, mais qui gardent leur dignité, leur courage, et leur intégrité.

Cette manière de raconter happe le lecteur, et Jean-Luc Bitton avoue – dans la préface du premier roman d’Emmanuel Bove, Mes amis, (republié par l’Arbre Vengeur) – qu’on devient facilement accroc, jusqu’à entrer dans « cette confrérie de lecteurs, admirateurs, inconditionnels, une sorte de franc-maçonnerie hétéroclite » que forment les aficionados « boviens ».

Victor Bâton, un trentenaire qui tire le diable par la queue, vit dans l’obsession de se faire des amis. Les portraits, brossés comme des nouvelles, de ses rencontres de hasard démontrent très vite que ces « amis » là n’en seront jamais ! Par son regard acéré, Bove dépeint une humanité pas forcément réjouissante, mais si agréable à lire…

Autre amitié, à la fois réelle et virtuelle : celle pour Jane de Marnie, petite fille solitaire qui vit au bord des falaises sur une île bretonne. Dans son dernier roman Le vertige des falaises (chez Plon), Gilles Paris – qui a déjà publié Autobiographie d’une courgette ou L’été des lucioles – voltige entre les personnages, dans des relations d’amitié ou de famille fragilisées par de lourds secrets.

L’écriture, chapitre après chapitre entre vérité et mensonges, entre mirage et réalité, nous donne le tournis comme ces falaises que l’auteur semble si bien connaitre. Chacun prend à son tour la parole pour saisir ce récit choral et nous dévoiler peu à peu ce que tous savent, dans cette histoire, mais que personne n’ose avouer, jusqu’à la fin…

Visiter la Floride et Cuba autrement…

Saviez-vous que les premiers camps de concentration de l’histoire ont été crées par les Espagnols, lors de la guerre d’indépendance cubaine de 1895 ? Le dernier gouverneur de l’île – voulant empêcher les paysans de soutenir les insurgés – les enferma dans des camps appelés en espagnol reconcentratión.

Saviez-vous qu’un festival international de la mangue se tient chaque année, durant le deuxième semaine de juillet, à Miami dans le jardin tropical de Coral Gables ? Il faut dire que plus de 200 variétés de ce délicieux fruit sont cultivés en Floride, fruit que l’on savoure sous toutes ses formes (dessert, salade, fruit, glace, jus, etc.)

Lors d’un récent salon du livre, l’écrivain cubain William Navarrete m’a longuement parlé de son pays, et de Miami. Ce romancier, poète et historien d’art est né à Cuba en 1968, et depuis vingt ans il vit en France, entre Paris et Nice. Il a publié, dans la collection des Dictionnaires Insolites, chez Cosmopole, deux opus consacrés l’un à la Floride, l’autre à Cuba.

La ville exubérante des tropiques étant au cœur de mon dernier roman, et l’île en forme d’alligator (où j’ai procédé à quelques repérages cet été) servant de cadre à une des nouvelles de mon prochain recueil, j’ai évidemment emporté les deux ouvrages dans mes valises cet été.

Pertinence des thèmes choisis, quelques vérités remises en avant, découvertes de lieux inédits, meilleure compréhension de ces deux pays, William Navarrete est un compagnon précieux pour aller à la rencontre de Cuba ou de la Floride. À recommander pour tout voyageur désireux de sortir un peu des sentiers battus.