Philippe Claudel, une écriture au scalpel

On taxe trop souvent les personnages de Philippe Claudel  d’une face sombre et d’une psychologie tirant vers le pessimisme. Pourtant, l’homme est un bon vivant, plutôt gai de nature.

Encore un fois, son dernier roman L’Archipel des chiens (Stcok) saisit un fait de société à bras le corps pour nous le jeter à la figure : la question des migrants et de l’exil, la différence avec l’autre, et le vivre ensemble.

L’écriture, dense, incisive, percutante, saisit le lecteur et l’entraine dans un huis-clos étouffant, sur une île où sont retrouvés des cadavres de nord-africains qui avaient tenté de traverser la Méditerranée.

Membre de l’Académie Goncourt, l’écrivain est aussi cinéaste. Il avait obtenu le Renaudot en 2003 pour Les Âmes grises.

Écouter l’émission :

« Le dimanche qui suivit, différents signes annoncèrent que  quelque chose allait se produire. Ce fut déjà et cela dès l’aube une chaleur oppressante, sans  brise aucune. L’air semblait s’être solidifié autour de l’île,  dans une transparence compacte et gélatineuse qui déformait  ça et là l’horizon quand il ne l’effaçait pas : l’île flottait au milieu de nulle part. […]
Puis il y eut une odeur, presque imperceptible au début, à  propos de laquelle on aurait pu se dire qu’on l’avait rêvée,  ou qu’elle émanait des êtres, de leur peau, de leur bouche, de leurs vêtements ou de leurs intérieurs. Mais d’heure en heure l’odeur s’affirma. Elle s’installa d’une façon discrète,  pour tout dire clandestin. »
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