Un musée d’exception à Perpignan

Perpignan dispose désormais d’un musée digne de ses collections. Après des mois de travaux, deux hôtels particuliers de la ville ont été réunis, l’hôtel de Lazerme et de l’hôtel de Mailly, pour créer un écrin somptueux destiné aux toiles de Hyacinthe Rigaud.

Ce peintre local acquit la notoriété au début du XVIII° siècle en devenant le portraitiste officiel de Louis XIV ; le musée porte d’ailleurs son nom. On y trouve l’un de ses plus beaux tableaux, le portrait du cardinal de Bouillon (ci-dessus).

Les espaces permanents présentent bien sûr les œuvres de Rigaud (il a francisé son nom catalan Rigau en y accolant un « d »), mais aussi des Maillol (à gauche le Monument à Claude Debussy), Dufy, Guerra et autres artistes en lien avec Perpignan. On y passe du gothique au baroque, du moderne au contemporain.  L’une des pièces maîtresses est le Maitre de la Loge de Mer (à droite), un retable peint sur bois en 1489.

Quant aux espaces temporaires, le musée frappe un grand coup pour sa réouverture, avec une exposition exceptionnelle sur la présence de Picasso dans les années 50. C’est à ce moment-là que Françoise Gilot le quitte et qu’il se rapproche de Jacqueline Roque. Une photo unique (à gauche) le montre d’ailleurs attablé en compagnie des deux femmes, dans la pièce même où le cliché a été pris puisque Picasso séjournait alors chez les Lazerme.

Musée Hyacinthe Rigaud, à Perpignan, ouvert du mardi au dimanche de 11h à 17h30.

 

Viva Villa

Découvrez jusqu’à la fin de la semaine le Festival ¡ Viva Villa ! 2017. Ce rendez-vous regroupe des œuvres d’artistes ayant séjourné l’année passée dans les trois académies de France à l’étranger :  la Villa Médicis à Rome en Italie, la Casa de Velázquez à Madrid en Espagne, et la Villa Kujoyama à Kyoto au Japon.

Muriel Mayette-Holtz, la directrice de la villa romaine, en détaille ici l’esprit :

Ainsi, jusqu’à la Nuit Blanche 2017 à Paris, place Dalida à Montmarte, dans la Cité internationale des arts, vous déambulerez entre installations, projections vidéo, exposition de sculptures, peintures ou dessins, travaux d’écriture, inventions musicales inédites, et autres créations de tous poils.

Simon Rouby, vidéaste, Lucie de Barbuat et Simon Brodbeck photographes, évoquent cette expérience :

Alvise Sinivia, lui, présente « Cordes à vide ». Ce musicien curieux et constamment en recherche, renouvelle en permanence son rapport à l’instrument dont il expérimente depuis plusieurs années les paradoxes et limites sonores et physiques. Écouter un extrait :

Eric Baudelaire : l’art face à l’actualité.

L’art peut-il – doit-il – avoir son mot à dire face aux actualités douloureuses que sont les attentats du Bataclan ou le jihad en Syrie ? Pour réfléchir à cette question, le Centre Pompidou, à Beaubourg, à Paris, a donné carte blanche au cinéaste, photographe, et plasticien Eric Baudelaire.

Son dernier film, Also Known As Jihadi (2017), exposé pour la première fois en France, est au cœur de ce dispositif. Il suit le parcours d’Aziz, de Vitry-sur-Seine jusqu’au Tribunal correctionnel. Il mène une enquête tâtonnante sur une réalité qui dépasse l’événement. Une réalité saturée de lectures interprétatives et dont la complexité résiste à la compréhension.

Dans l’espace de la galerie d’exposition laissé libre, se répondent les œuvres d’artistes du passé et du présent : Constantin Brancusi, Jean-Luc Godard, Rosemarie Trockel, Andrei Monastyrsky, Jo Ractliffe, Lawrence Abu Hamdan.

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« Après », au Centre Pompidou du 6 au 18 septembre.

Richard Orlinski, de l’art sans les codes ?

© richardorlinski.fr

Dès sa plus tendre enfance, Richard Orlinski fabriquait des petites sculptures, mais la vie l’a poussé dans d’autres directions. Impliqué dans l’immobilier, homme d’affaires, il a toujours gardé cette envie dans un coin de sa tête jusqu’au jour où il s’est lancé. Hasard des rencontres, propositions dans l’air du temps, sens aigu de la communication, en quelques mois l’homme est devenu l’un des artistes français les plus vendus dans le monde.

Certains crient haro sur le non-artiste. D’autres jalousent son succès planétaire. Il n’empêche, Richard Orlinski a réussi à percer dans un monde extrêmement fermé. Pour cela, il a dû briser quelques règles, comme le martèle son dernier livre (chez Michel Lafon) : Pourquoi j’ai cassé les codes.

Orlinski, ici L’Invité Culture, expose tout l’été à Saulieu, en collaboration avec le musée Pompon.

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Annette Messager : « L’art ne sert à rien, donc il sert à tout »

Annette Messager © Praemium Imperiale
Annette Messager © Praemium Imperiale

Son nom est connu dans le monde entier. Annette Messager est l’une des artistes contemporaines françaises les plus en vue, de longue date. Elle a été la première Française à bénéficier d’un rétrospective au Moma de New York, en 1995 ; elle a reçu le Lion d’Or à la biennale de Venise en 2005 ; elle vient d’être couronnée à l’automne par le Prix Praemium Imperiale, en quelque sorte le Nobel de l’Art. Elle est ici L’invité Culture.

Écouter l’émission :

img_5454Peintre, dessinatrice, photographe, sculpteur, couturière, plasticienne, Annette Messager mélange les techniques pour offrir son regard féminin sur le monde. Toujours dans l’imaginaire, souvent dans l’ironie, en général dans la joie, et la plupart du temps (même si elle s’en défend) dans une forme de revendication, son œuvre a été exposée dans les plus grands musées.

img_5451Jusqu’en avril, elle a investi la Villa Medicis, à Rome, à l’invitation de la directrice Muriel Mayette-Holz qui inaugure avec elle « Une », un cycle de femmes artistes contemporaines, afin d’inscrire davantage encore le mythique palais dans la culture vivante d’aujourd’hui.

img_5452Ainsi, un enchevêtrement de serpents surgit de la fontaine ; une chevelure, symbole de liberté (en particulier pour les femmes) est confié au Mercure à la sortie du patio ; des oiseaux empaillés survolent le chemin de pierre jadis utilisé par les chevaux ; un hommage inédit est rendu à Balthus, dans le pavillon où il aimait peindre des corps de jeunes femmes, par un mur couverts d’utérus, comme un papier peint.img_5449

Et quand on lui pose la question à quoi sert l’art, elle répond : « Comme l’art ne sert à rien, il sert à tout ! »

 

Messagera, à la Villa Medicis, du 10 février au 23 avril.

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Caroline Corbeau : « une histoire d’amour avec l’acier »

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Caroline Corbeau dans son atelier

Elle a commencé par la peinture, mais très vite des envies de volumes ont pris le dessus chez cet artiste. Caroline Corbeau réalise du mobilier en acier, aussi fonctionnel qu’esthétique. De l’acier qu’elle arrondit, adoucit, patine, brosse, et qui permet à son inventivité de s’exprimer : un cabinet aux portes souples et nacré à l’intérieur, un banc dont les lignes gravées dans le métal se prolonge par celles du tissu, une console aux pieds tournés dans ses sens opposés.

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Autant d’objets d’art, uniques, à découvrir jusqu’au 18 septembre au Salon Antiquaires et Galeristes, pont Alexandre III, où Caroline Corbeau expose, à la galerie Minet-Meranda. Elle est ici L’Invité Culture.

Écouter l’émission :

Le tableau réalisée par Annie Minet dans sa galerie Pont Alexandre III

Philippe Djian invite au voyage

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Panorama de Constantinople, Pierre Prévost (1818)

Djian 1 1L’écriture est un voyage. Djian ne désavouera pas Kerouac. Lire un roman, et déjà les horizons s’ouvrent. Aimer un personnage, et le monde se découvre dans son humanité. Philippe Djian n’a pas toujours été aimé pour son style, certains détestent encore, d’autres adorent pour toujours. Son écriture, à elle seule, est déjà une aventure qu’il faut savoir accepter pour en retirer ensuite tout le suc. Son dernier opus « Chéri-Chéri » (Gallimard, 2014), nous entraîne sur les traces de Denis, écrivain le jour, qui devient Denise, transformiste la nuit.

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8° édition de la Divine Comédie de Dante (1481)
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Cartographie littéraire de Guy Debord

Son goût d’ailleurs, il l’a peut-être façonné à écouter Presley, Dylan ou les Doors, à lire la littérature américaine, à moins que cela remonte aux expéditions colombiennes de ses jeunes années. En tous cas, au Louvre, Philippe Djian a choisi des œuvres qui racontent le voyage dans l’art et la littérature. Pour évoquer le goût de l’ailleurs (salle 20), on trouve par exemple un très beau Panorama de Constantinople (Prévost 1818), le voyage comme transhumance des âmes (salle 21) est symbolisé notamment par la Divine Comedie (Dante), enfin pour le voyage intérieur (salle 23) on retiendra l’oeuvre contemporaine consacrée à la Cartographie littéraire de Guy Debord. (Collectif anonyme défendu par Vicent Sator). Trois salles pour un moment d’évasion inédit.

Citant Blaise Cendrars (Feuille de route, 1924), Djian suggère : « Quand tu aimes il faut partir » ; et ajoute lui-même : « Voyager était devenu un sport comme un autre et nous le pratiquions de mieux en mieux. »

Voyages, Philippe Djian, au Louvre jusqu’au 26 février.

Christine Orban suspend le temps…

DébordéeJ’aime beaucoup cette phrase de Prévert : « Le temps nous égare, le temps nous étreint ; le temps nous est gare, le temps nous est train« . Tant d’images se bousculent dans ces quelques mots du poète. Le voyage, le mouvement, le transport, l’immobilisme, la vie qui passe, l’absence de perspectives, des horizons qui s’ouvrent, le maelström des journées trop remplies, etc.

Christine Orban aime Prévert. J’aimais Christine Orban romancière, j’adore Christine Orban artiste. Jusqu’au 9 novembre, elle expose ses collages à la galerie 55Bellechasse, à Paris. Des œuvres qui racontent le temps, avec élégance, talent, et beauté. Une Courir après le tempsvoiture de sport et un chronomètre désignent l’expression « gagner du temps ». Des femmes portant le voile intégral et un cadran de montre en guise de visage pour évoquer un « autre temps ». Une femme cachée par une horloge et qui, ainsi, court « derrière le temps ».

« J’écris et je pratique le collage en alternance. Ce sont deux activités très différentes chez moi, qui complètent ma vision du monde » explique la romancière. Si ses livres sont des best-sellers (le dernier : « Quel effet bizarre faites-vous sur mon cœur« , Ponctuelchez Albin Michel), gageons que ses toiles vont lui offrir une nouvelle renommée. Comme le souligne le directeur de la galerie d’Art qui l’accueille, Bertrand Scholler, toute son oeuvre est « finalement un souverain délice pour soigner, avec ou sans mots, les maux du cœur et de l’esprit, avant que le temps n’emporte tout sauf cette belle empreinte » qu’elle nous laisse.

Soyez ponctuels ! Vernissage mardi 21 octobre à 19h, au 55 rue de Bellechasse à Paris. A voir jusqu’au 9 novembre.

Oser Sade à Orsay…

Portrait du jeune Sade par Charles van Loo
Portrait du jeune Sade par Charles van Loo

Sade, né un quart de siècle après Charles Boucher, n’a donc jamais connu ce conseiller au Parlement de Paris et Prévost des marchands. C’est pourtant chez lui, ou presque, que le Marquis se retrouve jusqu’en janvier prochain, puisque ledit Boucher, seigneur d’Orsay petite localité du sud francilien, a donné son nom à un quai, qui l’a ensuite glissé par contagion au ministère des Affaires étrangères, puis à une gare devenue Musée.

Picasso "Figures au bord de la mer"
Picasso « Figures au bord de la mer »

Dans Les Cent Vingt Journées de Sodome, Sade écrit : « Combien de fois, sacredieu, n’ai-je pas désiré qu’on pût attaquer le soleil, en priver l’univers, ou s’en servir pour embraser le monde ? » Attaquer le soleil, tel est le titre de l’exposition présentée au Musée d’Orsay à l’occasion du bicentenaire de la mort de l’écrivain. Avec pour ambition de montrer comment, avant de devenir majeure dans la pensée du XX° siècle, l’oeuvre de Sade a induit une part de sensibilité dès le XIX° siècle, par exemple chez Delacroix, Moreau, Ingres, Degas, Cézanne, ou Picasso.

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Delacroix « Médée furieuse »

Ainsi que l’exprime la commissaire Annie Le Brun, cette pensée « découvrant l’imaginaire du corps, va amener à la première conscience physique de l’infini. » À voir jusqu’au 25 janvier 2015.

Par ailleurs, en écho à cette exposition, l’auditorium du musée propose un cycle de films consacrés à Sade, dont Le Divin Marquis de Sade d’Enfield, Salò de Pasolini, ou La Vie criminelle d’Archibald de la Cruz de Buñuel.

Le temps des Mayas

Les Mayas. Voilà un peuple à la fois mystérieux et attirant. Cette civilisation, née de la forêt vierge, qui s’est établie sur plus de trois siècles entre le Yucatan et le Chiapas mexicains, le Guatemala, le Belize et l’ouest du Honduras. On a tous rêvé d’aller à Chichén Itzá, Palenque, Tikal, escalader ces temples aux immenses escaliers en terrasses.

En 2012, il a beaucoup été question des Mayas avec leur calendrier qui prédisaient pour cette année là la fin de l’âge du maïs, leur plante sacrée (et non la fin du monde). Partout, de la bien peu hospitalière jungle tropicale à l’aride plaine calcaire de la péninsule yucatèque, ou encore dans la cordillère volcanique du sud, ils ont su édifier de grandes cités-états, un peu comme celles des Grecs anciens.

Le musée du Quai Branly, à Paris, plonge au coeur de cette civilisation, avec l’exposition « Mayas, révélation d’un temps sans fin« . Sublime présentation et mise en scène d’objets, de réalisations architecturales et artistiques, de statuettes, de masques, et de pièces des rites funéraires. Le bleu maya apparait sur un disque de mosaïques de coquillages, corail, et ardoise. Un dieu solaire en jadéite donne à l’astre vénéré un vert inouï.

© B. Thomasson

Un vieillard émergeant d’une fleur représente un dieu ancien qui soutiendrait le monde. Sans parler des sculptures comme celle de la Reine d’Uxmal, du cercle de jeu suspendu en hauteur, ou de l’écuelle polychrome en céramique ornée d’une tête d’animal tenant dans sa gueule un visage humain.

Les Mayas, dit-on, avaient une parfaite maitrise de la nature et des cycles, du temps qui passe. Pour eux, le temps est le mouvement même de l’espace. Leur passion pour comprendre les transformations du cosmos leur fit développer un extraordinaire système calendaire. Il faut donc prendre le temps d’aller à leur rencontre, jusqu’en février, au Quai Branly. À moins, et c’est encore mieux, de pouvoir s’offrir un voyage découverte dans les forêts perlées de temples, comme ici dans le Yucatan :

© B. Thomasson
© B. Thomasson
© B. Thomasson
© B. Thomasson

 

 

 

 

 

 

 

Ecouter la musique de l’exposition ici :