Un été sans alcool présentation et extraits

couverture

La quatrième de couverture :

Le jour de sa majorité, Charles apprend que ses parents sont en réalité ses grands-parents : sa mère est morte en le mettant au monde le jour même de la libération de Brive et son père aurait été tué avant sa naissance, en héros de la Résistance, massacré avec ses camarades de maquis. Charles a vécu sur un mensonge. Ces révélations l’affectent profondément. Il se met à boire, vend la distillerie familiale, s’installe à Paris où il mène une vie d’homme riche, solitaire, désenchanté et alcoolique.

Un demi-siècle plus tard, il est agressé dans un parc. Personne n’intervient. Seul Matt, un jeune des cités, musicien et passionné d’histoire, l’aide à se relever. Ce nouveau choc est un déclic pour l’ivrogne vieillissant qui se décide, enfin, à chercher la vérité sur son père.

Commence alors une enquête historico-policière entre Paris, la Corrèze et l’ombre de ses maquis, l’Italie et l’Allemagne. De rencontres en fausses pistes et de découvertes en surprises, Charles, Matt et sa petite amie Maika, nous font comprendre la complexité de l’Histoire vécue à hauteur d’homme.

Extraits :

« Vous n’avez pas cité de Pierre, s’inquiète Charles ?

– Pour sûr, il n’y en avait pas dans mon sous-groupe. Faut vous dire que nous étions séparés en trois secteurs sur ce maquis là, trois lieux-dits distants de quelques centaines de mètres à peine, deux au creux du vallon de part et d’autre du ruisseau La Valière, le troisième autour de deux fermes plus en hauteur. Tous ceux sur la photo, là, sont morts dans le massacre. Je suis le seul à en avoir réchappé.

– Comment ?

– Certains passent leur vie à prier, dans l’espoir d’adoucir leur mort. Devant de telles horreurs la notion de Dieu a-t-elle même encore un sens ? Moi je n’ai jamais affiché aucune croyance. Néanmoins, ce jour là, mes yeux se sont levés vers le ciel et j’ai imploré n’importe qui, là-haut, de ne pas m’abandonner (un doute m’a assailli, je l’avoue, sur l’existence ou non d’un sauveur). En réalité, j’ai eu un coup de chance inespéré : je m’étais écarté de notre tanière pour aller assouvir un besoin naturel au bord de la Valière. Dès le premier coup de feu, j’ai compris, c’était l’attaque que nous redoutions tant. Les Allemands arrivaient par les fermes, en haut. Le bruit des mortiers et des mitraillettes pilonnant nos positions était infernal. Mes oreilles éclataient. Mon cœur s’est mis à battre la chamade, une grande brûlure a inondé ma poitrine, je tremblais de tout mon corps. J’ai hésité : monter rejoindre mes camarades pour les aider à combattre – mais je savais que nous n’avions que des fusils de chasse, quelques 6,35 et un ou deux Mauser, bref des flingues dérisoires face au déluge de feu qui nous inondait – et je courrais à une mort certaine ; ou prendre mes jambes à mon cou et longer l’eau pour rejoindre le château voisin puis la route de Brive du côté de Saint-Antoine. C’est ce que j’ai fait. En pleurant. Les larmes coulaient sans retenue sur mes joues d’enfant. Je me sentais si lâche. Je culpabilisais de ne pas affronter l’ennemi, de fuir comme un poltron. Mes grandes convictions antinazies ont été balayées d’un coup. A la vérité, je chiais dans mes frocs. Je dois vous avouer que je l’ai regretté toute ma vie. C’est ainsi… J’avais une trouille d’enfer… »

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Les émotions trop fortes. Le récit du massacre du Puy-du-Chien m’a secoué, je l’avoue. Il fallait que j’en expurge les images.

Hier soir, nous avons décidé de faire halte dans cet hôtel, au bout de quelques kilomètres. Le silence dans la voiture devenait trop pesant. Il fallait s’arrêter, discuter. Charles surtout – je le sentais tendu – devait libérer ses sentiments. Nous avons dîné dans une salle à manger sobre, aux tables rondes et aux chaises également arrondies. Pas le grand luxe, un établissement d’étape pour représentants de commerce ou pour les touristes avant les grottes de Lascaux. Peu importe le confort, nous devions nous poser.

Charles a parlé, longtemps. De son père. De lui. De nous dans cette quête, qui commence à le faire douter. « Tout cela est-il vraiment utile ? » Pour se redonner de l’espoir il s’est souvenu de ses lectures d’Oscar Wilde pour qui « douter c’est vivre » : le cerveau de celui qui n’a que des certitudes arrête de fonctionner. Charles veut avoir un cerveau en marche, qui cherche à comprendre. Et forcément, il doute.

Je l’ai encouragé, j’ai essayé de lui remonter le moral. « Au moins vous me faites gagner un bon salaire ! » J’ai réussi à lui arracher un sourire…

À vrai dire, j’avais hésité de longues semaines avant d’accepter sa proposition. Je ne réalisais pas très bien quelle aide précise je pouvais lui apporter. En plus je n’étais pas très chaud pour me coltiner un vieux bonhomme à longueur de journée. J’avais aussi mon marathon à courir, le dernier dimanche de juin, en Seine et Marne. Après l’empoignade de Chatou, je ne l’ai plus accompagné dans ses sorties du mardi. J’ai préféré m’entrainer à Paris.

Mais surtout, mon attention se polarisait sur un domaine très personnel…

Charles m’avait donné le numéro de Maika !

Je l’ai rappelée (sans hésitation, elle !) tant j’étais véner d’avoir perdu son 06 ! Elle a fait celle qui ne s’y attendait pas. Pourtant j’ai bien senti, dès le premier coup de fil, qu’elle était super contente. C’est de la balle cette nana ! Elle est galbée comme Marilyn (pulpeuse comme je les aime), n’utilise pas le langage des cités, a autre chose qu’un pois chiche dans la cervelle, et elle adore aller au cinéma.

Je lui ai pris la main quand nous avons couru dans les couloirs du métro pour être à l’heure à la séance, elle s’est laissée faire en riant. Elle m’a offert des popcorns dans le hall du complexe en posant un délicieux bisou sur ma joue. Notre premier baiser est arrivé au milieu du film, au moment où Tom Cruise (Jack Reacher) sauve Rosamund Pike (l’avocate). J’ai un peu oublié la fin de l’histoire…

Pour le reste, on s’est faufilés dans son petit studio de Montrouge le soir même, et on a passé tout le printemps sans trouver la moindre bonne raison à ne pas remettre ça le lendemain.

C’est Maika qui m’a incité à accepter le job. Trois mille euros mensuels. « C’est inespéré ! Même si cela ne dure que deux ou trois mois, tu prends le pactole… »

 

5 réponses sur “Un été sans alcool présentation et extraits”

  1. Briviste d’adoption, j’ai été passionné par votre livre qui m’a conforté dans l’affection que je porte à cette belle région à travers un passé récent et douloureux.Mais, j’ai bien aimé l’intégration dans votre récit de Matt et Maïca qui redore avec justice la réputation les enfants des « cites » trop souvent occultée par ceux qui font la une des médias…
    Je profite de ce petit commentaire pour dire que j’ai bien connu votre maman lorsqu’elle était à l’écho du centre; nous nous rencontrions pour raison professionnelles mais très souvent nos conversations débordaient sur des sujets amicaux et familiaux .Nous parlions entre autre de nos enfants et me parlait souvent de son « petit dernier »…Je garde de votre maman un souvenir affectueux et aimerait la revoir si ,comme je l’espère elle est toujours parmi nous. T

    1. Bonjour Claude.
      Votre message me touche beaucoup.
      Hélas ma mère nous a quittés il y a deux ans et demi, merci pour votre pensée.
      Le passé douloureux de la Corrèze reste encore très présent, malgré le temps qui passe, et je suis très heureux d’avoir pu en faire affleurer quelques instants dans ce roman. Peut-être nous croiserons-nous à la foire du livre de Brive ?
      Cordialement.
      Bernard

  2. Bonjour Bernard,

    J’ai adoré votre livre.
    Les personnages sont fictifs mais ils sont « tellement réels ».
    je n’avais jamais rien lu de vous mais je vais me rattraper.
    Et pourquoi ne pas venir au salon du livre de Port Sainte-Foy et Ponchapt puisque nous sommes départements limitrophes et maintenant réunis dans une seule et même région.
    Surtout que le maire de cette commune est lui même écrivain (Jacques Reix).
    A très bientôt de vous rejoindre en lecture.
    Marlène

    1. Bonjour Marlène.
      Merci pour votre commentaire.
      Pourquoi pas en effet, mais il me faut les dates exactes. Envoyez-moi une invitation à France Info, 116 av du Pdt Kennedy, 75016 Paris.
      Bernard

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