Le panache à quel prix ?

berezinaLe panache, au sens propre, est un assemblage de plumes flottantes. Leur port altier et en hauteur, tout en fierté, en puissance, conduit tout droit à l’acception figurée du terme : l’éclat, le brio. On arbore un panache pour montrer sa présence, sa force, par exemple sur son casque tel un cavalier guerroyant. Mais jusqu’où peut aller le panache ? Sylvain Tesson, dans Berezina (éditions Guérin) s’interroge sur la quête éperdue du panache en l’illustrant par la folle épopée napoléonienne en Russie, et la débandade au retour en franchissant le fleuve dont le nom propre a donné un nom commun, que chacun formalise parfaitement, la bérésina.

Voulant mater le tsar, l’empereur français envoya un demi-million d’hommes à Moscou, ville prise par abandon de l’ennemi qui l’avait mise en feu. Au bout d’un mois, n’ayant plus d’adversaire à combattre, grognards, cavaliers, piétaille, et autre garde impériale rentrèrent au bercail, sauf que… l’hiver, le célèbre général hiver, plus la faim, la maladie, la noyade, vinrent à bout de cette masse humaine ; seuls quelques dizaines de milliers sauvèrent leur vie. Les cadavres formaient des murs, les corps s’empilaient dans l’eau, les charniers se multipliaient sur le parcours (les Russes, à leurs trousses, perdirent presque autant d’hommes.

Dans ce livre, l’écrivain voyageur nous rappelle un épisode dramatique de l’histoire de l’Europe, la faisant vivre quasiment heure par heure en opérant le même trajet, de Moscou à Paris, mais en side-car avec une bande d’amis sympathiques. À dévorer pour le rafraichissement de la mémoire collective et pour le plaisir de la lecture individuelle, tant le style de Tesson est plaisant, riche, coloré, érudit. Gravement accidenté l’été dernier (des semaines de coma après une chute de plusieurs mètres de haut), le trépidant aventurier jure les grands dieux qu’il deviendra plus raisonnable à l’avenir, et joue les sages face à son nouveau handicap (il reste paralysé d’une partie du visage) : « Il y a une inversion du temps : plus il passe et mieux je me porte !« 

A propos bernardthomasson

Retrouvez-moi chaque week-end sur France-Info en fin d'après-midi
Cet article, publié dans divers, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s