Méziane Azaïche : pour l’amour du cabaret

Depuis sa jeunesse, Méziane Azaïche est un passionné du cabaret, cet endroit où différents arts se mélangent : cirque, musique, danse, chant, théatre, etc. Tout au fil de sa vie, cet algérien d’origine a créé de tels lieux de convivialité, dont le dernier est devenu à Paris une véritable institution du genre : le Cabaret Sauvage, dans le 19° arrondissement dans l’enceinte du parc de la Villette.

Pour les vingt ans de ce cabaret, Méziane Azaïche – qui est ici L’Invité Culture – organise jusqu’au 16 décembre un festival auquel participent tous les artistes qui, depuis deux décennies, ont fait le succès de ce lieu atypique dans la capitale. Il cultive ainsi, au quotidien, le rêve de son enfance d’une France de fraternité multicolore…

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Stéphanie Tesson : « Je sens la présence de Molière »

Le Mois Molière, à Versailles, deuxième festival théâtral de France derrière Avignon, attire 100 000 spectateurs au fil des 350 représentations partout dans la ville du dramaturge. Les troupes s’installent dans les lieux de représentations, mais aussi sur des tréteaux montés ça-et-là, ou tout simplement au coin d’un trottoir.

Fidèle de ce rendez-vous, où depuis plusieurs années elle a proposé notamment des vagabondages issus de son imagination dans le potager du roi, l’actrice et metteur en scène Stéphanie Tesson s’attaque pour la première fois à un texte du mythique auteur : Amphitryon, texte qui a donné deux noms communs à notre langue, sosie et amphitryon, les deux héros de ce drame.

Le spectacle est joué ce week-end à La Grande Écurie, dans un cadre impressionnant qui laisse dire à L’Invité Culture : « Je sens la présence de Molière ».

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La Normandie à l’heure des Boréales

caenPour la 25° année, Caen et la Normandie accueillent Les Boréales, un festival consacré à l’art et la culture des pays scandinaves. Jusqu’au 27 novembre, de la littérature, du théâtre du cirque, des concerts, des expositions qui essaiment dans toute la région réunifiée.

Avec deux premières mondiales, deux premières françaises, cinq créations, ce festival est singulier, il est le seul consacré aux cultures du nord, et il attire des dizaines de milliers de personnes. En terme d’éducation, d’écologie, de parité, 14291890_1031023830340643_4717425159837186697_ndu statut de l’enfant dans la société, d’intégration, et pour bien d’autres domaines, les pays scandinaves peuvent nous servir de modèle, et démontrent qu’ils dont des républiques ou des monarchies éclairées.

Jérôme Rémy, le directeur artistique des Boréales, est L’Invité Culture.

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Coureur de fond sur les planches

Patrick Mons © Vincent Lyky
Patrick Mons © Vincent Lyky

Courir est un plaisir. Une échappée belle à portée de jambes. L’impression de tout quitter pour se fondre dans le milieu qui vous accueille, surtout les petits sentiers de terre perdus dans la nature. Courir est un besoin. Une bulle qui suspend la vie. Le sentiment de retrouver la partie de soi perdue dans le maelström de l’existence. Sentir son corps dans l’effort physique, et fouiller son esprit – son âme ? – sans contrainte. Une forme de contemplation. Courir offre une liberté insolente. Toutes les frontières sont abolies, celles du temps et celles des hommes. Seul l’horizon compte, une ligne de fuite ouverte. Même pour un prisonnier lâché seul dans la nature.

Patrick Mos et Esaï e Cid © Toptheshooter
Patrick Mons et Esaïe Cid © Toptheshooter

Enfermé en maison de correction, en Angleterre, Smith est repéré pour ses talents de coureur. Le directeur l’inscrit à une course nationale des prisons, et espère emporter le ruban bleu et la coupe. Ce serait la preuve que sa méthode de réhabilitation et réinsertion par la course est une réussite exemplaire. Mais Smith ne lui offrira pas ce plaisir. La solitude du coureur de fond, classique de la littérature, est mis en scène en ce moment au Petit Hébertot, à Paris.

Challenge inouï pour Patrick Mons, l’acteur, qui court les trois quarts de la pièce, imprimant au texte d’Alan Silitoe le rythme de ses semelles sur les planches. À cette musique là, s’ajoute en surimpression et en dialogue celle du saxophoniste Art Pepper, interprétée par Essaïe Cid. Mons donne corps et vie à Smith, mais en plus, il fait surgir par son jeu corporel les ombres de grands coureurs comme Emil Zatopek dans sa tract-recto-solitude-webr-ph-copiersouffrance physique, Abebe Bikila l’Éthiopien aux pieds nus, ou Wilma Rudolph la « gazelle noire » qui étirait le cou en arrière.

C’est un texte très actuel, sur la rébellion face à la société, sur une jeunesse désenchantée, sur des modèles imposés d’en haut. C’est aussi une éternelle réflexion sur le pourquoi de la course. Et c’est surtout un très bon moment de théâtre, dans une mise en scène minimaliste qui donne encore plus de force au jeu. La solitude du coureur de fond, jusqu’au 30 avril, au théâtre du Petit Hebertot.

Sans rancune, et sans prétention.

©Émilie Brouchon
Daniel Russo et David Talbot © Émilie Brouchon

Bien sûr, en temps de crise, on peut se dire qu’il faut chercher à mieux comprendre notre époque, à réfléchir au sens de la vie et à préparer l’avenir, à débattre intensément de toutes les questions qui bouleversent la société. Surtout après les événements du début d’année. C’est vrai. Mais cela n’est pas incompatible avec des moments de coupure, de recul sur tout ce qui traverse notre quotidien. Marquer une pause, se détendre, se laisser aller à un divertissement que d’aucun jugeront coupable et qui fait aussi du bien. Sans prétention.

Jessica Borio, Anne Jacquemin, Nassima Benchicou © Émilie Brouchon
Jessica Borio, Anne Jacquemin, Nassima Benchicou © Émilie Brouchon

La comédie de boulevard, le vaudeville, appartiennent à ces soirées suspendues où l’on oublie la réalité pour plonger dans des existences loufoques, qui ne sont bien souvent, au reste, que des caricatures de la vraie vie. Aussi, si l’envie vous prend un soir d’aller au Palais Royal pour rire un peu, et qu’on vous le reproche, répondez simplement : « Sans rancune » ! C’est le titre de la pièce britannique signée Sam Bobrick et Ron Clark, déjà jouée dans cette même salle il y a un quart de siècle,  adaptée ici (à l’actualité notamment) et mise en scène par le nouveau patron de la salle Sébastien Azzopardi (avec son complice de toujours Sacha Danino). On sait l’efficacité du duo dans la visualisation cinématographique d’une œuvre sur les planches. Une nouvelle fois cela fonctionne parfaitement.

SansRancune_TPR_100x150_BAT1Victor Pelletier est un PDG dont la réussite est totale, avec une entreprise cotée en bourse et un appartement sur trois étages avenue Montaigne. Sauf que le jour où il marie sa fille unique, sa femme le quitte pour le serveur d’une bodéga à Barbès. Un choc brutal et délirant entre la France d’en haut et la France d’en bas. La suite est savoureuse à la fois dans l’écriture du texte, et dans le jeu des acteurs, dont Daniel Russo qui suit là les traces de Jean Le Poulain, Pierre Mondy, ou Louis de Funès.

Sans Rancune, au théâtre du Palais Royal, du mardi au samedi à 21h, samedi 16h30, dimanche 15h30.

Tsamère se confie

confidences_sur_pas_mal_de_trucs_plus_ou_moins_confidentiels[230,0,0,0]Arnaud Tsamere en a assez d’être drôle. Faire rire les autres insupporte tout le monde, lui le premier. Le mécontentement monte, la colère sourd, les réactions sincères déchirent enfin l’hypocrisie ambiante. Marre des sketches faciles, fini les gaffes à gogo, stop aux jeux de mots débiles, assez des histoires à tiroirs ! L’acteur change de ton pour s’adresser au public. C’est décidé, il va parler de lui, se confier, nous livrer ses fêlures, dévoiler son intimité profonde.

C’est au Splendid, à Paris, et c’est splendide (oups… désolé…). Une soirée délicieuse, débridée, absurde et décalée. On plonge avec bonheur dans l’univers loufoque de ce baratineur hors-pair qui nous fait croire que tout est improvisé au fil d’événements inattendus alors que, bien sûr, tout est écrit de la première à la dernière ligne (même sa délirante fausse situation d’emprisonnement dans le corps d’un pingouin atteint d’un cancer du genou).

Il y a du Desproges là-dessous. On se régale du début à la fin.

Un spectacle coécrit par François Rollin et Arnaud Joyet, et co-produit par Raphaël Mezrahi (tous de la même famille d’humour). Arnaud Tsamere, Confidences sur pas mal de trucs, au Splendid du mercredi au samedi à 21h30.

Un Gogol pas si fou…

Je connais un vieux monsieur de 95 ans, qui s’est mis à l’ordinateur à 80 ans passés, et pour qui l’iPad est devenu un outil de communication à sa portée. Formidable, non ?Néanmoins, lorsqu’il utilise un moteur de recherche, son mauvais accent anglais et son apprentissage tardif de l’informatique lui font prononcer « gogol » lorsqu’il lit « Google« . Or, le gogol est un nombre – 10 puissance 100 (1 suivi de cent 0) – tellement grand qu’on pourrait presque concevoir qu’il contienne toutes les données du web. C’est d’ailleurs de ce nombre que se sont inspirés Sergueï Brin et Larry Page pour donner un nom à leur société. Donc pas fou l’ancêtre !

300_gogolPourtant, il y a bien un Gogol qui entraine dans le monde de l’irraisonné. Nicolaï de son prénom. Écrivain russe mort à 43 ans, victime de troubles psychologiques qui l’ont conduit au suicide. Il a laissé deux grands romans Tarass Boulba et Les âmes Mortes, quelques pièces de théâtre dont Revizor, et des recueils de nouvelles comme Arabesques (1835) où l’on trouve Le journal d’un fou. Texte puissant qui marque le reflet d’une certaine Russie, avec un petit fonctionnaire qui parle le chien couramment, évite les collisions stellaires, et devient roi d’Espagne.

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Antoine Robinet © Jean-Claude Lallias (Cie des Perspectives 2014)

La Compagnie des Perspectives présente Le journal d’un fou dans une adaptation qui reprend une traduction inédite – celle de Louis Viardot – contemporaine de Gogol puisqu’elle est parue en 1845. Le monologue est porté par un jeune acteur, Antoine Robinet, dont le regard et le phrasé hypnotisent le spectateur du début à la fin. Sans fausse note dans le jeu, il pousse le spectateur à croire que ce petit paperassier russe est bel et bien devenu souverain espagnol. Il y a là du talent pour l’avenir.

Le journal d’un fou, au Guichet Montparnasse, jusqu’au 4 janvier.

Weber (re) joue Flaubert

© Kim Weber
© Kim Weber

On l’avait déjà vu se glisser dans la peau de Flaubert, notamment en 2008 dans « Sacré Nom de Dieu ! » Jacques Weber revêt à nouveau le costume du grand écrivain, et s’y montre très à l’aise, dans « Gustave« , au théatre de l’Atelier. Avec délectation, truculence, force, et émotion, il donne chair à la correspondance de Gustave Flaubert. L’acteur reprend ainsi à son compte l’ambition de l’homme de plume : sortir du conventionnel, du bien pensant, du mièvre, et politiquement correct (Musset, Lamartine, les hommes politiques, les académiciens, et bien d’autres en prennent pour leur grade).

WeberOn savoure, on rit, on jubile. D’autant que ce que Flaubert écrivait au XIX° siècle résonne à pleine voix dans notre société de ce début de XXI°. Changeons quelques noms, et le théâtre politique actuel se dévoile. On ressort de là tonifié et l’esprit ouvert. Comme le confie Weber à propos de la correspondance de Flaubert : « Grand foutoir de génie ou de la mauvaise foi, des contradictions et excès de toutes sortes se dégage une formidable envie de vivre et de penser tout haut« .

Coup de chapeau à Weber pour ce monologue d’une heure et demi, affiche20141016172234mené de main de maître (malgré un ou deux passages en longueur, comme en a témoigné la tête dodelinante de la jeune fille devant moi). Et bravo à Philippe Dupont qui assume une réplique silencieuse, toute en gestes et en regards, n’ouvrant la bouche que pour prononcer un seul mot : « abricot« . Il faut aller voir la pièce pour savoir pourquoi !

« Gustave« , au théâtre de l’Atelier jusqu’au 31 décembre.

Didier Van Cauwelaert entre amour et amitié

9782226256201g« Le principe de Pauline » est une loi physique : une histoire d’amour sert à fabriquer de l’amitié. Cette sorte de règle de trois inédite entre une femme et les deux hommes qu’elles veut garder pour ami, en les aimant tout de même, est le titre du dernier livre de Didier Van Cauwelaert (chez Albin Michel). Très belle écriture, histoire entraînante, et émotions garanties pour ce roman d’un auteur multi-cartes. Son invité : la sociologue Béatrice Mabilon-Bonfils.

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Ariane Ascaride entre Aristophane et Ferrat…

© Georges Biard
© Georges Biard

Elle joue ce soir au Nuits de Fourvière dans une lecture de textes autour d’Aristophane, l’inventeur de la comédie. Des fragments de ses écrits, traduits et adaptés par Serge Valetti, sont lus par Ariane Ascaride (en compagnie de Eric Elmosino, Hervé Pierre, Christine Citti, et Manuel Lelièvre). Le sepctacle s’appelle « Toutaristophane, fragments« . Mais l’actrice est aussi à l’affiche du dernier film de Robert Guédiguian, « Au fil d’Ariane« , dans les salles depuis deux jours. Son invité : Thierry Tieû Niang.

Ecouter l’émission avec Ariane Ascaride ici :