Patrick Chappert-Gaujal aime les lumières

Il y a quelques années, je visitais à Leucate, près de Perpignan, l’atelier de Patrick Chappert-Gaujal. Le lieu me parut singulièrement chaleureux en dépit d’un mélange d’objets hétéroclites et pas toujours très ordonnés. C’est dans cette richesse protéiforme que cet artiste original puise son inspiration.

Pour lui, tout est matière à création:  à petit échelle en récupérant les objets du quotidien ; à volume plus conséquent en redonnant, par exemple, une nouvelle vie culturelle aux anciennes cabines téléphoniques des PTT ; parfois à taille géante avec certaines sculptures visibles dans des lieux publics et à les extérieurs de certaines institutions.

Exposé dans de nombreux pays, Patrick Chappert-Gaujal avoue une affection toute particulière pour la lumière. Ainsi, habille-t-il des kayaks, des croix de  pharmacie, des cubes ou des ballons de néons et autres LED. La mer, et ses lumières toujours renouvelées, représente aussi pour lui une source d’inspiration qui ne tarit jamais.

Collages, peintures, bois, totems, cordes, coquillages, tout devient prétexte à inventer un cadre pour son imagination sans fin.

Après un passage éclair à Paris en octobre (toutes les photos ici en sont issues), plusieurs expositions sont en projet, avec notamment l’agglomération de Montpellier en 2018.

Un musée d’exception à Perpignan

Perpignan dispose désormais d’un musée digne de ses collections. Après des mois de travaux, deux hôtels particuliers de la ville ont été réunis, l’hôtel de Lazerme et de l’hôtel de Mailly, pour créer un écrin somptueux destiné aux toiles de Hyacinthe Rigaud.

Ce peintre local acquit la notoriété au début du XVIII° siècle en devenant le portraitiste officiel de Louis XIV ; le musée porte d’ailleurs son nom. On y trouve l’un de ses plus beaux tableaux, le portrait du cardinal de Bouillon (ci-dessus).

Les espaces permanents présentent bien sûr les œuvres de Rigaud (il a francisé son nom catalan Rigau en y accolant un « d »), mais aussi des Maillol (à gauche le Monument à Claude Debussy), Dufy, Guerra et autres artistes en lien avec Perpignan. On y passe du gothique au baroque, du moderne au contemporain.  L’une des pièces maîtresses est le Maitre de la Loge de Mer (à droite), un retable peint sur bois en 1489.

Quant aux espaces temporaires, le musée frappe un grand coup pour sa réouverture, avec une exposition exceptionnelle sur la présence de Picasso dans les années 50. C’est à ce moment-là que Françoise Gilot le quitte et qu’il se rapproche de Jacqueline Roque. Une photo unique (à gauche) le montre d’ailleurs attablé en compagnie des deux femmes, dans la pièce même où le cliché a été pris puisque Picasso séjournait alors chez les Lazerme.

Musée Hyacinthe Rigaud, à Perpignan, ouvert du mardi au dimanche de 11h à 17h30.

 

Richard Orlinski, de l’art sans les codes ?

© richardorlinski.fr

Dès sa plus tendre enfance, Richard Orlinski fabriquait des petites sculptures, mais la vie l’a poussé dans d’autres directions. Impliqué dans l’immobilier, homme d’affaires, il a toujours gardé cette envie dans un coin de sa tête jusqu’au jour où il s’est lancé. Hasard des rencontres, propositions dans l’air du temps, sens aigu de la communication, en quelques mois l’homme est devenu l’un des artistes français les plus vendus dans le monde.

Certains crient haro sur le non-artiste. D’autres jalousent son succès planétaire. Il n’empêche, Richard Orlinski a réussi à percer dans un monde extrêmement fermé. Pour cela, il a dû briser quelques règles, comme le martèle son dernier livre (chez Michel Lafon) : Pourquoi j’ai cassé les codes.

Orlinski, ici L’Invité Culture, expose tout l’été à Saulieu, en collaboration avec le musée Pompon.

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Admirez Nikki même pendant les fêtes

Nikki 1L’affiche de l’exposition est violente. Nikki de Saint-Phalle pointe sur celui qui la regarde une carabine et vise d’un air menaçant. Il faut dire qu’une partie de l’oeuvre de cette artiste phare des années 60 à 2000 est marquée par la violence de l’inceste paternel dont elle a été victime. Issue d’une famille franco-américaine, elle a voulue très tôt marquer sa rebellion, ce qu’elle choisit de faire par la peinture dès l’âge de vingt ans. L’autoportrait qui ouvre l’exposition (ci-contre) ne peut laisser indifférent. Elle écrira plus tard : « Peindre calmait le chaos qui agitait mon âme. C’était une façon de domestiquer ces dragons qui ont toujours surgi dans mon travail. »

En 1961, Nikki est invitée à rejoindre les Nouveaux Réalistes, à l’occasion de son travail sur les tirs. Plaçant des matériaux et des couleurs derrière ou autour de feuilles de plâtre, elle tire ensuite à la carabine pour faire jaillir des oeuvres, là encore de rebellion. Nikki 3Une longue liste des injustices du monde qu’elle vise accompagne cette série, plus forte artistiquement parlant, mais sans doute moins belle dans l’esthétique. Ses nanas colorées (à droite), dans une farandole lumineuse et aérienne, sont plus élégantes. Ses oeuvres monumentales proche de Gaudi, comme cette pièce creuse en forme de tête de mort (ci-dessous), sont – paradoxalement – plus joyeuses. C’est un spectacle éblouissant pour le regard.

Nikki 4Dans une lettre à sa mère, elle lui écrit : « Je ne vous ressemblerai pas ma mère. » Nikki de Saint-Phalle a posé très tôt un regard critique sur la condition féminine. Anticipant de plusieurs années les mouvements féministes, elle travaille – comme peut d’artistes avant elle – sur les différentes dimensions de ce sujet complexe. Enfin, après sa rencontre avec Jean Tinguely, elle participe à des projets architecturaux de grande envergure. L’un des plus emblématiques est le Jardin des Tarots, en Italie, qu’elle a elle-même financé en créant un parfum.

L’exposition Nikki de Saint-Phalle est ouverte au Grand-Palais à Paris jusqu’au 2 février. Et même en période de fête (ici la veille de Noël), la foule est au rendez-vous, mieux vaut acheter son billet à l’avance sur Internet. Nikki 2