Kaouther Adimi sur les traces d’Edmond Charlot

Ce fut l’un des plus grands éditeurs d’avant guerre. Edmond Charlot a publié Albert Camus, Emmanuel Roblès, Jules Roy, Vercors et bien d’autres. Cet Algérois de naissance fut aussi éditeur de revue, galeriste, libraire, passeur de littérature. Dans la librairie qu’il avait ouverte à Alger, « Aux vraies richesses » (nom emprunté au titre d’un livre de Giono), il organisait des rencontres, des débats, prêtait des ouvrages.

Kaouther Adimi, déjà repérée pour son précédent roman « Des pierres dans ma poche », s’est emparée de ce personnage romanesque pour construire une histoire touchante. L’Algérie dans ses douleurs et ses joies habite aussi « Nos richesses » (Seuil), un très beau livre inscrit dans la première sélection des Goncourt.

Pour cette jeune écrivaine, elle aussi née à Alger, les richesses de son pays ne sont pas seulement le pétrole, le gaz ou le soleil, mais aussi et surtout son histoire, sa culture, ses auteurs, ses artistes, sa littérature…

Écouter l’émission ici :

 

Janine Boissard inspirée par le Périgord

Janine Boissard © John Foley (Opale/Fayard)

Janine Boissard est une romancière au long cours, et au public large : une quarantaine de livres au total, tous à succès, et toujours des histoires proches de nous. Chaque fois, ses personnages nous sont familiers, leurs petites manies nous en rappellent certaines des nôtres, ils agissent comme n’importe qui pourrait le faire dans la même situation.

Pourtant, derrière cette normalité de façade, se cachent des comportements inédits, des secrets interdits, des relations étranges. Les intrigues se nouent au fil des pages pour se libérer à la fin. On est emportés par l’histoire, et à la fin il y a toujours une surprise.

Dans « La lanterne des morts », chez Fayard, Janine Boissard a été inspirée par le Périgord, mais le drame se noue autour de la bipolarité de Lila, l’un des personnages principaux, qui donne du souci à sa sœur Adèle dont l’amoureux, Vivien est menacé.

L’écrivain est ici L’Invité Culture.

Écouter l’émission :

Amitiés impossibles ou virtuelles…

Emmanuel Bove est un écrivain du début du 20° siècle, tombé dans l’oubli puis remis à l’honneur, et encore trop méconnu. L’écriture directe, froide mais non dénuée d’humour, décortique jusqu’à l’os la société de son époque, en particulier le monde des pauvres, des gens de peu, mais qui gardent leur dignité, leur courage, et leur intégrité.

Cette manière de raconter happe le lecteur, et Jean-Luc Bitton avoue – dans la préface du premier roman d’Emmanuel Bove, Mes amis, (republié par l’Arbre Vengeur) – qu’on devient facilement accroc, jusqu’à entrer dans « cette confrérie de lecteurs, admirateurs, inconditionnels, une sorte de franc-maçonnerie hétéroclite » que forment les aficionados « boviens ».

Victor Bâton, un trentenaire qui tire le diable par la queue, vit dans l’obsession de se faire des amis. Les portraits, brossés comme des nouvelles, de ses rencontres de hasard démontrent très vite que ces « amis » là n’en seront jamais ! Par son regard acéré, Bove dépeint une humanité pas forcément réjouissante, mais si agréable à lire…

Autre amitié, à la fois réelle et virtuelle : celle pour Jane de Marnie, petite fille solitaire qui vit au bord des falaises sur une île bretonne. Dans son dernier roman Le vertige des falaises (chez Plon), Gilles Paris – qui a déjà publié Autobiographie d’une courgette ou L’été des lucioles – voltige entre les personnages, dans des relations d’amitié ou de famille fragilisées par de lourds secrets.

L’écriture, chapitre après chapitre entre vérité et mensonges, entre mirage et réalité, nous donne le tournis comme ces falaises que l’auteur semble si bien connaitre. Chacun prend à son tour la parole pour saisir ce récit choral et nous dévoiler peu à peu ce que tous savent, dans cette histoire, mais que personne n’ose avouer, jusqu’à la fin…

Lectures avec passion !

La passion face à la raison ! Dans « Éloge de la passion » (Denoël), Carlotta Clerici nous livre un amour fou, inattendu, brusque, total, qui balaie tout sur son passage : une vie en construction, un corps à vif, une conscience incertaine. Qui sait comment chacun de nous peut réagir face à ce cruel dilemme ? On ne bâtit pas une vie sur une passion, mais la raison peut-elle porter une existence entière ?

La question n’est pas nouvelle ; dans ce premier roman la dramaturge italienne (auteur de plusieurs pièces à succès dont « Ce soir j’ovule » jouée par Catherine Marchal) s’en empare avec force et conviction. Matilde, musicienne de talent, est emportée par sa rencontre avec le photographe Francesco sur les rives du lac de Côme, et le lecteur avec…

Autre passion, celle que prolonge Christophe Ono-Dit-Biot dans « Croire au merveilleux » (Gallimard). Après avoir perdu l’amour de sa vie dans de lointaines mers (voir « Plonger »), César veut quitter ce monde, malgré le fils que Paz lui a laissé. Les aimait-elle encore tous les deux pour être allée se noyer si loin de chez elle ? Avait-elle prémédité de ne jamais revenir ni les revoir ?

Ces questions hantent le héros, qui est sauvé de sa tentative de suicide par sa nouvelle voisine : Nana. Celle-ci l’entraine alors dans un voyage initiatique vers les lieux fondateurs de son histoire avec Paz, qui le rapproche de leur fils Hector. Nana, mirage de l’amour renaissant et déculpabilisé de la mort de Paz.

Avec habileté, Christophe Ono-Dit-Biot retisse, autour d’une relation impossible, les fils d’une passion disparue, avec une très jolie fin qui offre, en effet, de croire au merveilleux

 

L’histoire d’un fauteuil !

Le 23 juin 2011, Amin Maalouf était élu à l’Académie Française, au fauteuil de Claude Levi-Strauss, numéroté 29 sous la Coupole. L’écrivain franco-libanais, dix-neuvième immortel à y siéger, s’est depuis pris d’affection pour ses dix-huit prédécesseurs. À tel point qu’il les présente presque « amoureusement » dans un livre passionnant : Un fauteuil sur la Seine, chez Grasset.

maaloufDu premier, un illustre inconnu du nom de Pierre Bardet reçu en 1634 (année de naissance de l’Académie) et mort noyé quelques semaines plus tard, au dernier avant lui, le prestigieux ethnologue « qui chérissait les cultures fragiles » comme le résume l’auteur en tête de chapitre, ce sont près de quatre siècles d’histoire de France qui défilent en dix-huit histoires personnelles, parfois romanesques, parfois quasi « nationales », souvent émouvantes, émaillées de cultures, de religion, de guerres et de pouvoir, parsemées de savoureuses anecdotes, et toujours racontées avec passion, talent, et délicatesse par la plume qui obtint le Goncourt en 1993 pour Le Rocher de Tanios.

L’occasion de passer quelques heures formidables en compagnie de personnages hors du commun, même pour ceux qui sont aujourd’hui tombés dans l’oubli.

 

Prix Méditerranée

Plein de bonnes choses, ces jours-ci, dans un monde pourtant pas toujours enthousiaste. L’arrivée du printemps, depuis quelques jours dans l’atmosphère, ce vendredi au calendrier. Le Salon du livre à Paris, toujours un événement, en dépit d’une préférence un peu chauvine pour la Foire du livre de Brive. Les prix Méditerranée, dont les jurys se sont réunis sur deux jours à Paris. Un joli mélange des trois pourrait faire rêver à un bon bouquin à dévorer sous les soleil de la grande Bleue, non ?

Orizet
Le jury poésie

J’ai siégé dans les catégories poésie, roman français, et essai. Pour la première, le prix Nikos Gatsos présidé par Nana Mouskouri,  la couronne est revenue (à une très large majorité des jurés) à Jean Orizet. Cofondateur de la revue Poésie 1 et des éditions du Cherche Midi, il le mérite tant par la richesse et l’ampleur de son œuvre, que par la profondeur de son écriture, et par les sujets qu’il traite : l’ailleurs, le voyage, le temps, soi-même dans le monde. A lire Le regard et l’énigme (Cherche Midi Éditeur) anthologie de ses principaux recueil.

110881_couverture_Hres_0En ce qui concerne le prix roman, le choix fut serré entre Françoise Chandernagor pour Vie de Jude, frère de Jésus (Albin Michel), et Valérie Zénatti pour Jacob, Jacob (Éditions de l’Olivier). Ce dernier l’a emporté (avec mon soutien), tant ce récit est à la fois poignant et beau. Une période de l’histoire remise en lumière : les jeunes garçons des colonies nord-africaines enrôlés pour aider la Première armée à libérer le sud de la France, puis à remonter vers le Jura et l’Alsace. Une écriture qui emporte, et à double focale : vue de Constantine par la famille qui attend sans savoir ; dans la foulée du jeune homme qui voit tomber ses copains un à un, mais qui s’engage totalement, jusqu’à la mort. La progression est allégorique et puissante dans son collectif, fragile et douloureuse dans l’intimité de Jacob. C’est aussi, au delà de la stratégie, de la politique, ou des religions, un formidable et inédit trait d’union entre les deux rives de la Méditerranée.

Enfin, lauréat du prix essai, Thierry Clermont pour un texte enlevé sur Venise, par le biais de ses grands morts, et en visitant l’île-cimetière de San-Michele (Le Seuil). Un voyage littéraire, historique, dans le dédale des ruelles et des canaux de la Sérénissime, qui redonne vie à de grandes personnalités qui ont marqué la ville et nous la font aimer.

Mediterranée 2015
Les lauréats autour d’une partie du jury

 

 

Pourquoi pas Venise ?

Julien Clerc chantait Elle voulait que je l’appelle Venise, moi je vous invite à (re)découvrir Venise.

Place Saint-Marc © B. Thomasson
Place Saint-Marc © B. Thomasson
peintre sur le pont de l'Académie © B. Thomasson
peintre sur le pont de l’Académie © B. Thomasson
Pont des Soupirs © B. Thomasson
Pont des Soupirs © B. Thomasson

 

 

 

 

 

 

 

 

Soit en y allant passer deux ou trois jours, ce que j’ai fait en février, et c’est un endroit toujours aussi magique, avec la place Saint-Marc, le Pont des Soupirs, ou les gondoles sur les canaux. Bien sûr la pression touristique est énorme, évidemment on ne mange pas pour 15 euros, à l’évidence les hôtels sont pleins et chers. Mais en cherchant bien, on peut trouver un petit appartement à louer, ou une chambre un peu moins onéreuse, sur la Giudecca ou le Lido, deux îles face à la cité, ou un peu plus loin sur Murano ou Burano (d’où il faut absolument aller voir Torcello, dans les pas d’Hemingway, et ses mosaïques sans doute mieux mises en valeur que celles de la basilique Saint-Marc). Grâce aux Vaporetti  tout est à portée de main, et il y a une atmosphère quasi-romanesque à s’embarquer sur ces bateaux qui sillonnent les canaux.

Burano © B. Thomasson
Burano © B. Thomasson

Soit – puisqu’il est question de roman – en plongeant dans deux ouvrages en compétition pour le Prix Méditerranée (dont je suis membre, première réunion du jury ce vendredi) : Quitter Venise, d’Anne Révah (Mercure de France), ou San Michele, de Thierry Clermont (Le Seuil). Le premier entraine sur les traces d’une passion en filigrane à travers les ruelles, les ponts et les îles de Venise (dont en particulier la Giudecca, et ce livre m’a donné envie d’aller m’y balader). Le second s’installe dans l’île-cimetière de la ville, San-Michele, et remonte le riche passé de la cité des Doges.

Vaporetti sur le Grand Canal © B. Thomasson
Vaporetti sur le Grand Canal © B. Thomasson
Laissons les gondoles... © B. Thomasson
Laissons les gondoles… © B. Thomasson

 

 

 

 

 

 

Prenez ces deux livres, partez pour Venise quelques jours, et lisez-les le soir en rentrant à votre hôtel. Vous visiterez la cité différemment…

revahClermont

42 km 195 de découverte et de bonheur !

9782081353718Le sport a toujours été une composante de ma vie. Trente ans de basket, dont une quinzaine en Championnat de France, des activités comme le tennis, le badminton, le squash, la natation, et une vingtaine de marathons courus dans le monde. Aussi, quand Flammarion m’a sollicité pour écrire un récit sur cette épreuve mythique, j’ai tout de suite accepté. Le titre était clair, et le cahier des charges difficile : un chapitre par kilomètre. Comme pour une course, je m’y suis préparé mentalement, et je me suis lancé à l’assaut de ces 42 km 195 inédits.

La seule véritable intrigue romanesque étant de savoir si Philippe, le personnage principal, ira au bout du parcours (bon, il a un petit souci de santé…), j’ai écrit un voyage à la fois historique, géographique, physique, psychique, philosophique, médical, littéraire, et humain.

Les marathoniens retrouveront les sensations, les émotions, et les douleurs, kilomètre après kilomètre, qu’ils connaissent bien. Les non-coureurs découvriront un monde d’amitié, d’effort, de dépassement de soi, et l’histoire fabuleuse de cette course depuis la bataille en Grèce jusqu’à 42 marathons actuels parmi les plus réputés sur la planète. C’est aussi une formidable visite d’un Paris merveilleux, vu à travers un regard piétonnier.

En forme ? Prêt ? Alors on chausse ses baskets et c’est parti pour 42 km 195 de découverte et de bonheur !

Prix Nikos Gatsos 2015

prix gatsosSix recueils de poésie sont en lice pour le prix Nikos Gatsos, présidé par Nana Mouskouri, et dont suis membre. Jean Orizet, cofondateur de la revue Poésie 1 et des éditions Cherche Midi, pour l’ensemble de son œuvre, traduite dans plus de vingt langues, et condensée dans Le regard et l’énigme (Cherche Midi). Roselyne Sibille, poète et écrivain de voyage, pour Ombre monde (Les Editions Moires). Yanis Ritsos (à qui l’on doit ce très beau vers : « La poésie n’a jamais le dernier mot, le premier toujours »), pour La Marche de l’océan (Éditions Bruno Doucey). Maram al-Masri, elle écrit en arabe et en anglais, pour une anthologie de la poésie syrienne : L’Amour au temps de l’insurrection et de la guerre (Le Temps des Cerises). Christophe Langlois, amateur d’insolite, pour L’amour des longs détours (Gallimard). Kamal Ben Hameda, Tunisien installé aux pays-bas, pour Le Livre du camp d’Aguila (Elyzad). Nous nous réunirons le jeudi 19 mars pour délibérer et désigner le successeur de Guy Béart, lauréat l’an dernier.

Les maîtres de chant

maitres de chantL’art des polyphonies corses, une tradition ancestrale de chants sacrés, aurait tout aussi bien pu disparaitre. Mais dans les années soixante-dix, des hommes ont voulu que cette partie intégrante de leur culture survive. Ils ont donc formé des groupes, parfois dans la mouvance de l’indépendantisme comme un combat politique, parfois simplement pour le plaisir de la musique, et sont devenus, pour les meilleurs d’entre eux, maîtres de chant. Ils enseignent alors aux jeunes générations les techniques particulières de ces ensembles vocaux qui emplissent les églises des villages. Marie Ferranti a passé de longs mois à leurs côtés, elle nous fait partager leur espoirs et leurs doutes. Ce livre, tout en sensibilité, raconte surtout des histoires d’amitiés et de liberté dans une identité retrouvée. Il est en sélection pour le Prix Méditerranée 2015.