Les fantômes du 3° étage présentation et extrait

La quatrième de couverture :

À Miami, un présentateur télé vedette, Jack Rocher, est plongé dans une solitude inattendue depuis qu’il a perdu sa femme Anna. Il n’a jamais entretenu d’amitié sincère et partagée. Venu visiter, pour l’acheter, une hacienda dans laquelle il a vécu avec elle des heures heureuses, il est accueilli par la jeune femme envoyée par l’agence immobilière, Mel Wilson. Entre eux deux, le courant passe à tel point que la visite va durer la journée entière.

Dans ce huis clos inédit, chacun se dévoile peu à peu et, par de judicieux flash-backs, se dessinent des secrets qui concernent Jack, Mel, mais aussi l’ancien propriétaire de la maison. Les fils se dénoueront dans un final émouvant.

L’auteur traite ici de l’amitié, point d’ancrage dans l’écume d’une société où tout s’accélère et qui préfère la norme du superficiel à la vertu de la profondeur.

Un extrait

Je mourrai d’oublier de vivre.

Un jour. Comme ça. Bêtement.

Parce que je penserai à autre chose. Ma raison vagabonde négligera de se soumettre à la loi naturelle du corps humain : sur un moment d’inattention, j’arrêterai de respirer. Par omission.

Anna me reprochait sans cesse d’avoir « la tête pleine de trous ». C’était son expression.

Elle visait juste, comme toujours.

Je suis capable de m’échapper d’une conversation sans prévenir, de ne pas voir l’évidence sous mes yeux, de parcourir un livre en me racontant mentalement une histoire différente ; impossible parfois de m’attacher à l’instant présent, de m’inscrire dans un moment partagé à plusieurs, de fixer mon attention sur l’écran d’ordinateur, face à moi.

Parce que défilent dans ma tête d’autres images, des idées lointaines, des obsessions inavouées ou des souvenirs confus.

Allez savoir pourquoi ? Je l’ignore moi-même.

Selon la théorie d’Anna, il s’agit d’égoïsme à l’état pur : « En réalité, seul ce qui t’intéresse te mobilise. »

Rendions-nous, tous deux, visite à des personnes que nous connaissions peu ? Je demeurais d’une discrétion absolue, tout au long de la soirée, en marge de la conversation commune, quitte à passer pour hautain ou impoli. Assistions-nous à un spectacle qui ne me procurait guère d’émotion ? J’abaissais les paupières en douceur, afin de m’offrir une pause sommeil plus ou moins longue. Arpentions-nous quelque magasin de vêtements à la mode ? Je piétinais et soupirais mon aise, acquiesçant sur le champ à toute velléité d’achat, histoire de regagner au plus vite le grand air. Réservions-nous en ligne des chambres d’hôtel pour notre prochaine escapade en Argentine ? Je laissais cochée, par inadvertance, l’option lit double single et non Queen size, ce qui provoquait chez Anna une colère brève, mais fulgurante.

Elle se plantait devant moi, son visage presque collé au mien, elle raidissait son corps de bas en haut en cherchant à atteindre ma hauteur, ses yeux vert émeraude s’élargissaient et viraient au gris taupe, sa bouche se durcissait dans un vilain rictus :

« Ah ! Pour commander tes partitions de piano, là, tu ne te trompes jamais ! Mais à quoi rêves-tu, bon sang ? Parfois, j’ai l’impression de vivre avec un zombie ! »

Anna était impitoyable. Dans ces accès-là, elle pensait que j’existais uniquement pour moi, que la société m’était étrangère, que le reste de la terre m’indifférait, que je l’aimais, elle, par distraction.